Comment aborder l’œuvre peinte de Soulages ? On peut se sentir légèrement dissuadé par le côté « visite de monument national » de l’exposition qui se tient ces jours-ci. Il serait dommage cependant de ne pas y faire un tour. Trente ans se sont écoulés depuis la dernière exposition consacrée à Pierre Soulages par le Centre Pompidou, en 1979. C’est justement l’année qu’Alfred Pacquement et Pierre Encrevé, les deux commissaires, ont choisi de mettre en scène comme moment de rupture symbolique. De 1946 à cette date, le parcours, chronologique, plonge le visiteur au cœur de la recherche de l’artiste. Clairs obscurs, contrastes de noirs et blancs, toiles sombres… au mur, une citation : « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. » Après cette introduction, illustrée par une cinquantaine de peintures, une salle théâtralement plongée dans l’obscurité fait office de ponctuation dramatique. La découverte de l’outrenoir, cet au-delà du noir d’où émane de la lumière, est le tournant de l’exposition. À partir de là, cette dernière abandonne la logique linéaire temporelle pour une présentation de polyptyques regroupés en installations spectaculaires. Marqué de stries, de coulures, de rainures, le noir, mat ou brillant, lisse ou pâteux, vibrant, est décliné à l’infini, semble-t-il. L’enthousiasme de cette singulière et obsessionnelle trouvaille artistique, qui ouvre à « un autre champ mental » est perceptible. Peut-être même est-elle, pour certains, contagieuse, d’autant que la transcendance de cet « au-delà du noir » est soulignée par les accrochages, du sol au plafond, de hauts panneaux verticaux obligeant le visiteur à lever les yeux. « Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde […] puisse se trouver, face à elle, face avec lui-même. » Expérience à la portée de chacun, au sixième étage de Beaubourg.
« Soulages » Jusqu’au 8 mars 2010